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Publié dans : Sciences
Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 11:13

    Tout le monde a entendu ou vu ce genre de phrase, lu dans un livre, dite à la télé, ou malheureusement à un proche (si c'est à vous-même, peut-être est ce le moment de se dire adieu?). Cette phrase est souvent prononcée comme un pronostic fiable, une prédiction inattaquable.

 

    Ce genre de phrase me rappelle une mésaventure vécue. Je démarre, et quelques centaines de mètres plus loin, le moteur s'arrête. On me dit que c'est la courroie qui a cassé. C'est alors que j'apprends qu'une courroie, ça vit 110000km. Ce qui veut dire qu'arrivé à 90000km, si j'étais allé voir un garagiste, il m'aurait dit "mon bon monsieur, il vous reste 20000Km avant de changer votre courroie".

    Mais le hic, c'est que ma courroie n'avait que 94000Km. Alors, qu'est ce à dire?

 

    La réponse est simple. Pour pouvoir dire que la durée de vie d'une courroie est de 110000 Km, les constructeurs font des tests d'endurance. Ils prennent dans un lot fabriqué de la même manière, un certain nombre d'échantillons qu'ils soumettent à des tests censés reproduire les sollicitations que les pièces rencontreront lors de leur vie. Ils notent alors les durées moyennes de rupture. Pour prendre une marge, ils garantissent alors une durée un peu plus faible pour être certain d'être en dessous de cette moyenne. Ils partent du principe que puisque les pièces sont identiques, alors elles réagiront de la même manière face aux mêmes sollicitations. Il s'agit là d'un pronostique établi à partir de statistiques. Pour mémoire, ci-dessous une série d'articles traitant de ces thèmes dans ce blog.

 

Paris, pronostiques (nouvelle suite)...

Statistiques, probabilités et pronostics (suite)...

Petites tromperies des statistiques: pronostiques et paris sportifs

 

    Ma courroie a lâché avant cette durée de vie parce que les tests effectués ne prévoient pas qu'une voiture fasse 20 ans sans arriver à plus de 110000km, et que la courroie se désintègre sous l'effet du temps et non pas sur l'effet des contraintes liées au kilométrage. La simulation effectuée n'était donc pas complète. C'est ce qui, dans ce cas de figure, fera qu'il y aura toujours des écarts entre statistiques et pronostiques. Ecarts qui diminueront éventuellement à mesure que les simulations s'affineront.

 

    Une fois la comparaison de la courroie effectuée, on peut revenir à notre sujet initial. "Vous avez trois mois à vivre". Mais alors comment comprendre la métaphore avec la courroie ou les pièces mécaniques. C'est relativement simple. La courroie, c'est le malade. Le médecin constate, à partir d'un diagnostic, l'état du patient. En se basant sur l'énorme base de statistiques des autres patients qui présentaient un état similaire, le médecin peut donc prévoir (pronostic) l'évolution du patient. Ceci est le principe.

 

    Mais ce principe présente de légères failles qui font qu'il arrivera nécessairement des cas où le pronostic ne correspondra pas aux statistiques et que le patient défiera les pronostics de ses médecins. A quoi est ce dû? A l'incompétence des médecins? Pas tout à fait. Souvenons que nous avons dit dans le cas de la courroie, que les pronostics pouvaient diverger des statistiques à cause de la qualité des simulations. Dans le domaine de l’humain, et notamment du médical, les raisons des divergences sont encore plus nombreuses.

    Tout d’abord, le diagnostic que le médecin pose n’est pas toujours fiable. Quiconque a regardé une série TV médicale, est allé consulter plusieurs médecins pour un même problème non trivial, a pu le constater. Le médecin n’a pas toujours tous les éléments (a fortiori dans les pays pauvres où le matériel fait défaut) pour affirmer avec précision ce que vous avez exactement. Il verra des symptômes (qui peuvent être exhaustifs ou partiels) et fera le lien avec une maladie. Mais d’autres maladies peuvent présenter les mêmes symptômes exactement. Il existe donc une probabilité (plus ou moins forte selon le pays, selon l’hôpital, selon le médecin) pour que le médecin ait commis une erreur dans le diagnostic de votre situation actuelle. Et si l’on se trompe sur une situation initiale, il est normal que toute prédiction basée sur cette situation initiale capote.

    Ensuite, admettons que le diagnostic ait été bon, le praticien, comme on l’a souligné, se sert des cas similaires pour d’une part connaître l’évolution de la maladie en général (statistiques), et d’autre part pour prédire l’évolution de la maladie de son patient (pronostic). Comme dans le cas des courroies, il part du présupposé que les cas similaires évoluent de façon similaire. C’est un raccourci rapide qui consiste à penser que les gens sont de constitution identique. Il en existe de plus robustes, de plus frêles, de plus endurants, de plus motivés (l’influence du mental sur le physique, quoique insuffisamment étudiée, n’est plus un secret), de plus favorablement prédestinés que d’autres. Il vient donc que face à un même mal, deux individus ne présenteront pas forcément la même évolution. Et l’on a la seconde cause de divergence entre pronostic et statistiques dans le domaine médical.

 

    Pour résumer, on est capable d’évaluer l’espérance de vie moyenne x à la naissance (ce qui revient à dire au nouveau né « il vous reste x années à vivre »). Mais l’environnement (pays, alimentation, etc.) fera que ce x variera et si l’on ne calibre pas bien cet environnement, le diagnostic sera faux. D’autre part, pour deux individus vivant dans exactement le même environnement, on constatera qu’ils n’auront pas forcément la même durée de vie, certains vivant plus longtemps que d’autres. On a même vu des gens avec un style de vie extrêmement sain mourir jeunes.

 

    Tout ceci pour dire quoi ? Rien de très palpitant je le crains. Seulement il est intéressant de réfléchir aux mots employés et à leur sens. Cela ne mange pas de pain. Cela pourra aussi donner de l’espoir à certains malades, et permettra d’analyser, par exemple, froidement et sans crier au miracle, la survie ou la rémission d’un cancéreux à qui on déclamait la fameuse phrase « Il vous reste trois mois à vivre »…

 

 

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Commentaires

Bonjour,

J'ai eu le coup de la courroie qui se casse, alors qu'elle venait d'etre changée y a pas longtemps. J'accuse la qualité du matériel, aussi tous les deux mois par mesure de prudence faut la changer.

J'aime beaucoup cet article, particulièrement le dernier paragraphe. il semble triste, mais il y a un peu de l'espoir derrière.

Commentaire n°1 posté par Cerise le 22/06/2012 à 12h30
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