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Publié dans : Les conseils cyniques de Maki Avele
Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 18:25

Aujoud’hui Maki Avele reçoit un chef d’Etat d’Afrique Noire passablement apeuré par le départ de Ben Ali de Tunisie et les émeutes d’Egypte et Jordanie. Il s’inquiète de ce que cela arrive dans son pays. En effet bon nombre de ses collègues voient leur pays taxé de démocrature : des dictatures se déguisant en démocraties.

 

-             Bonjour Monsieur le Président, que me vaut l’honneur ?

-             Bonjour Maki. Je te jure, c’est grave. Tu as vu ce qui s’est passé en Tunisie, et maintenant ce qui se passe en Egypte ? J’ai peur que chez moi aussi, ce genre de choses n’arrive.

-             Il ne faut jamais dire jamais, surtout avec le peuple. Mais il ne tient qu’à vous de canaliser ces éventuels soulèvements.

-             Je ne comprends pas. Ben Ali et Moubarack ont tous les deux été élus, avec 90%. Tout comme moi (j’ai même eu 96.47% la dernière fois). Comment on peut balayer la démocratie comme cela ?

-             Avant de répondre, il faut que vous sachiez que très peu de personnes qualifient votre régime de démocratie. On parle plutôt de démocrature…

-             Les mauvaises langues

-             Ce ne sont pas elles qui mettent les journalistes en prison, verrouillent le déroulement des élections, interdisent tel ou tel parti politique et font régner un Etat policier.

-             Réponds alors au lieu de m’insulter.

-             Avant de répondre, je vais encore vous poser une question. Selon vous, le peuple descend il dans la rue parce qu’il a faim ou parce qu’il veut ses libertés ?

-             Je ne sais pas trop, ça arrive que ce soit dans les deux cas.

-             La plupart du temps c’est pour son ventre. Et c’est après que ça peut déraper sur les libertés. Même en Tunisie, quand il y avait la prospérité, personne ne songeait à aller manifester. De plus quand c’est la crise, les souffrances du peuple sont exacerbées quand ils voient la prévarication que le tyran et ses proches font. « ça énerve encore plus ». ce n’est que très rarement que tu auras des soulèvements en cas d’opulence. Même si ça peut arriver. Mais c’est rare.

-             En effet, mais si c’est cela, c’est Ok, je vais faire des réformes économiques qui s’imposent. Histoire qu’ils aient un peu plus à manger.

-             Ha ha ha. Vous n’avez pas encore tout compris. Prenez la crise de 2008. Les impacts sur tous les pays du monde, et notamment les plus pauvres comme le votre, étaient hors de portée des dirigeants. En Grèce, au Portugal, ils ont été obligés de prendre des mesures inimaginables il y a seulement 3 ans. Regardez les émeutes de la faim de 2008, les prix des matières premières montent, le prix de l’essence, que vous le vouliez ou non, vous n’êtes pas un acteur autonome pour ce qui est de la macro-économie. Très souvent même vous n’êtes qu’un pion. Donc quelque soit votre talent, s’il y a une grande crise, vous n’êtes jamais à l’abri d’un soulèvement. Et la solution de tirer sur tout ce qqui bouge passera de moins en moins, même auprès de vos amis internationaux.

-             C’est vrai. Que faire ?

-             Démocratisez. Je m’explique. Sortez des possibilités d’accusation de démocrature. Libéralisez la politique, la presse. Organisez des élections réellement transparentes et faites le savoir. Confiez même l’organisation à l’opposition (en veillant juste à ce qu’ils ne fraudent pas). Perdez même une ville symbolique ou des circonscriptions électorales. Même en faisant exprès. Crédibilisez vos adversaires politiques pour leur donner un peu de crédibilité sur la scène nationale et internationale (gardez quand même en réserve une ou deux bananes, où on les voit recevoir des valises par exemple, que vous sortirez avant les élections). Un peu comme votre confrère Camerounais fait avec Fru Ndi en ce moment. Bref, faites tout pour que l’on reconnaisse unanimement que vous êtes en démocratie, quitte à perdre un peu de votre mainmise.

-             Mais avec ça je risque de perdre et le Cameroun aura un quidam pour le diriger.

-             Comme si votre intérêt est le Cameroun. Soyons lucide, votre intérêt est avant tout votre pouvoir. Avec cette stratégie, même en cas de problème de ventre, si le peuple se soulève, ce ne sera pas pour votre départ immédiat, car il saura qu’il aura les élections pour cela. Et vous aurez toujours le temps de vous retourner avant l’échéance. Regardez les pays occidentaux. On s’extasie du million de personnes dehors en Egypte. En France, en Novembre dernier il y en a eu 3 millions. Pour leur ventre. Mais personne ne demandait le départ immédiat du Président, et le régime ne s’est pas senti menacé. Parce que le peuple sait qu’il aura des élections. Et le Président sait qu’il peut se retourner en faisant des promesses ou des réalisations bonus la dernière année. C’est votre seule chance de pouvoir conserver le pouvoir ou de ne pas perdre des plumes.

-             Perdre des plumes ?

-             Oui, regardez Ben Ali, il quitte le pouvoir, et tous ses biens sont saisis de part le monde et c’est un prisonnier en sursis. Même si vous arrivez à mourir au pouvoir, vous ne savez pas ce qui pourra arriver à vos enfants par la suite. Donc certes avec la démocratie vous pouvez perdre, mais avec elle vous pouvez aussi revenir. Et si vous êtes même malin, vous pouvez ne jamais perdre avec la démocratie.

-             Comment ça ?

-             Tout à l’heure je disais que c’est le pouvoir que vous voulez, mais derrière cela, c’est aussi l’argent, le luxe, et aussi l’assurance de l’impunité (pour vous ou votre famille). La démocratie peut vous apportez tout cela. En démocratie, vous pouvez vous faire voter le salaire que vous voulez. Vous ne l’utilisez jamais, en vivant au frais de la princesse. Vous pouvez même faire faire votez les émoluments des anciens chefs d’Etat. Donc à votre départ vous pouvez être immensément riche. Vous pouvez ensuite bénéficier des largesses de vos « amis » à qui vous aurez rendu de menus « services ». Chirac vit dans un appartement de Hariri depuis trois ans sans rien payer, en plein Paris. Faites vous des amis légalement, ne volez pas, et préparez légalement votre retraite. Je rajoute qu’en tant qu’ancien chef d’Etat (particulièrement un Africain parti dans la démocratie), vous pourrez postuler à d’autres postes prestigieux dans les institutions internationales. Donc garder du pouvoir. Voilà tous vos intérêts qui seraient conservés même en cas de départ. Donc vraiment, votre intérêt, que vous restiez ou que vous partiez, c’est de mettre en place la démocratie effective et reconnue.

-             Je crois que je vais t’augmenter…

-             En toute légalité monsieur le Président, je vous fais une petite facture…

 


 

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