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Publié dans : Sciences
Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 18:39

        Petit retour sur les deux derniers articles que nous avions déjà abordés sur le sujet des statistiques, des pronostiques et des paris dans le monde du sport [Petites tromperies des statistiques: pronostiques et paris sportifs  ] et [Statistiques, probabilités et pronostics (suite)...  ]. Nous procèderons en deux étapes. Un retour sur les confusions entre pronostiques, probabilités et statistiques, puis un retour sur les définitions de paris, et de précaution.


        Rappelons que dans le second article cité, nous montrions dans un premier temps qu’un pronostic équivalait à une estimation de probabilité. Nous avons alors à un moment pensé sortir du sport pour rentrer dans les métaphores juridiques. L’exemple que nous pensions utiliser concerne le jury ou le juge qui doit rendre un verdict. Or il arrive que quelque soit le verdict, coupable ou innocent, l’énoncé du dudit verdict obéît à l’équivalence « estimation de chances = pronostique » avec l’analogie « faisceau de preuves, % de convictions = verdict », le verdict étant le pronostique de la culpabilité. On pourra développer en commentaires pour ceux qui souhaitent.


        Ce qui m’a intéressé, c’est le fait donc que ce pronostique se fait sur un évènement ayant déjà eu lieu. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que le verdict sera coupable que le gars aura commis le crime. Il a commis le crime ou pas avant, et le verdict ne change pas cet état de fait. C’est exactement comme le gars que sa femme oblige à aller en week-end, qui rate le grand-prix de F1 et qui le regarde après en faisant des pronostiques « je suis sûr qu’il va le doubler, j’espère qu’il va gagner, etc ». La situation est exactement la même. J’ai beau penser que le dépassement aura lieu, la course ayant déjà eu lieu, le résultat de la couse ne changera pas. Mon pronostic est complètement vain.


        Ce qui m’amène à la partie réellement intéressante. Celle sur les évènements qui n’ont pas encore eu lieu. Car en fait, il s’agit encore et toujours de la même logique. Car même pour les évènements sportifs à venir, nos pronostiques (en tant que spectateurs) ne le feront pas changer (et ici je ne parle même pas de paris). Pourtant nous passons le temps à dire « le PSG va gagner, le Cameroun va tabasser les Sénagalais, Alonso va gagner, Miami ne va même pas être en finale de conférence, etc. » Cela ne changera pas les résultats des évènements. Ces constructions sont donc parfaitement vaines. Le spectateur devrait donc en toute logique assiter à l’évènement et voir quel en est le déroulement. Mais nous continuons gaiement. Vanité des vanités, tout est vanité  a dit l’autre…

 

Terminons cette série sur le sport et les paris/pronos/ stat par des définitions. Nous avons dit dans le premier article [Petites tromperies des statistiques: pronostiques et paris sportifs  ]

Ceci étant clarifié, continuons et terminons avec les paris sportifs. Pour celui qui veut jouer, il a face à lui des côtes que les bookmakers ont calculées. On sait déjà qu'il ne s'agit pas de côtes basées sur les statistiques (l'argent de ces gens est en jeu). Mais s'agit il de pronostiques? Si l'on voit un joueur A côté à 2/1 et un joueur B côté à 4/1, cela signifie t'il que le bookmaker pense que A deux fois plus de chances de gagner? Là encore la réponse est non.

 

         En effet, les côtes sont d'abord émises à partir de pronostiques, mais elles évoluent vite en fonction du jeu des parieurs. Prenons un exemple avec Roland Garros. Actuellement la côte de Nadal est aux alentours de 1.35 et celle de Federer à 4 ( http://www.parierenligne.fr/cote-roland-garros-3965.html ). Elle est très proche d'un pronostic car les joueurs n'ont pas encore commencé à parier. Avec de telles côtes, que va t'il se passer? Plaçons nous dans l'hypothèse où il n'y ait pas de blessure et où les préparations sont semblables à l'an dernier). Beaucoup de gens vont se dire que Nadal est sure, et parier de grosses sommes sur lui. Vu que les bookmakers ne veulent pas perdre d'argent, (actuellement pour chaque euro placé sur nadal, ils perdraient 35 centimes si celui-ci gagne) sa cote va diminuer jusqu'à arriver aux alentours de 1,05. Deux effets

        - Ils perdraient moins d'argent s'il venait à gagner

        - les joueurs vont se dire que gagner 5 centimes par euros ne vaut pas le coup, et vont donc jouer un autre joueur avec une autre côte (Federer est à 4, imaginons la cote d'un gars comme Murray) en se disant que si celui-là gagne c'est le jackpot. On se souviendra que selon les hypothèses, celui qui a toujours le plus de chances de gagner reste Nadal. Et donc les bookmakers, en incitant à parier sur d'autres joueurs (chaque mise valant un euro) vont préparer les réserves pour pouvoir payer les 5 centimes de ceux qui auront joué Nadal. Ils rentrent toujours dans leurs frais.

 

        Si tout le monde se mettait maintenant à jouer Federer, vous pouvez être certain que sa côte diminuerait automatiquement (pour minimiser leurs pertes, pas parce que ses chances augmenteraient).

 

        Il s’ensuit qu’un pari est donc une évaluation du rapport mise / gains potentiels. Le gain potentiel dépendant de la côte et du pronostic que l’on fait des chances de la partie sur laquelle on misera.

 

        Le pendant négatif du pari est quant à lui la précaution ou le principe de précaution. Le Japon nous a donné récemment l’occasion malheureuse de revenir dessus. Le principe de précaution ou la précaution sera donc l’évaluation du rapport coût (pour se protéger) / risque. Le risque étant la conjonction de la gravité d’occurrence et de la probabilité d’occurrence. C’est pour cela qu’EDF a par exemple dit que les normes qu’ils ont appliquées pour leurs centrales consistait à se prémunir d’un tremblement de terre d’intensité deux fois plus grande que le tremblement de terre le plus puissant enregistré sur les 1000 dernières années aux environs des lieux de construction. Ainsi ils pensent à la fois couvrir la gravité des tremblements de terre habituels et ne pas être concerné par l’occurrence éventuelle d’un tremblement de terre inhabituel (qui devrait être plus de 2 fois plus fort que le plus puissant enregistré). On notera ici qu’ils ont construit les probabilités d’occurrence en se basant sur les statistiques.


        Le Japon a montré que souvent, la nature savait tromper les statistiques…

 

 

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